Marie Guérin à Wünsdorf © Anne Kropotkine

Même morts nous chantons / Recorded songs don't ever die - Marie Guérin

Récit sonore live pour 1 laptop et 1 platine vinyle à partir d'archives de chansons populaires de tradition orale enregistrées auprès de prisonniers en 1914-18 du fonds Lautarchiv

Cent ans plus tard, Recorded Songs don't ever die nous mène sur les traces de prisonniers dont les voix furent captées et gravées pendant la Grande Guerre. Un dialogue naît entre les enregistrements microphoniques, les prises de sons documentaires, les archives brutes et les manipulations électroacoustiques (quasi alchimiques) de la voix des archives. 

Création sonore : MARIE GUERIN HABILLEUSE SONORE
Création lumière et dispositif scénique : Maël Teillant
Regard extérieur : Anne Kropotkine
Flyer

« Les mélodies traversent le temps. Les mélodies ne meurent jamais ; elles traversent les frontières. »

Dates de la performance :

  • Le 2 novembre à l'Institut français de Berlin 
  • Le 3 novembre à la Haus der Kultur der Welt, Berlin 
  • Le 4 novembre au Kulturhistorischen Museum Schloss Merseburg
  • Le 22 novembre à Stuttgart
  • Le 4 décembre à Bonn
  • Le 5 décembre à Mayence

Livret d'écoute

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Dates du salon d'écoute :

  • Du 19 novembre au 25 janvier 2019 à l'Institut français de Bonn
  • Du 5 au 23 novembre 2018 à l'Institut français de Dresde
  • Le 20 novembre à l'Institut français Essen
  • Du 4 au 11 novembre au Kulturhistorischen Museum Schloss Merseburg
  • Du 6 novembre au 31 décembre à l'Institut français de Mayence
  • Du 1er au 23 novembre à l'Institut français de Stuttgart
  • Du 1er novembre au 31 décembre au Centre franco-allemand de Tübingen

Livret d'écoute

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Contexte

Pendant longtemps, l'enregistrement était une utopie. Pour Edison « les phonographes étaient des machines à remonter le temps » ou même des « boîtes à fantômes » (Elodie A. Roy, 2016)  De 1857 à 1925, l'industrie du disque démarre. Elle se déploie au cours de la Première Guerre mondiale grâce à l’invention du disque plat par Emile Berliner qui rend l'enregistrement plus facile. Au terme de la guerre, le disque moderne est né. Les voix enregistrées et les chansons vont dorénavant pouvoir circuler dans le monde entier. Ainsi, la Grande Guerre a été non seulement filmée, photographiée mais aussi enregistrée. Décembre 1915, Wilhem Doegen, un linguiste allemand, profite de cette avancée technologique. Il associe ses recherches à l'industrie phonographique. Il signe un contrat en décembre 1915 avec Odéon sur son programme d'études linguistiques. Des techniciens d’Odéon et des scientifiques l'accompagnent pour réaliser des enregistrements dans les camps de prisonniers de guerre en Allemagne. C'est le début de la « Phonographischen Kommission », une collection très troublante, qui rassemble plus de 4500 disques en gomme-laque :  on y trouve des enregistrements de voix et de chants de prisonniers en plus de 200 langues dont plusieurs langues de France. Cent ans plus tard, que nous raconte cette collection de disque shellac ? La capacité à enregistrer n'a pas le même sens ni la même force symbolique au début de l'industrie phonographique et maintenant. Cependant, ce qui n'a pas bougé, c'est l'attractivité et la volonté toujours renouvelée de capturer des voix et des chansons. La performance célèbre le disque plat en mettant en scène l'objet disque La performance célèbre le disque plat en mettant en scène l'objet disque via le travail de Maël Teillant, un karaoké et un bal fantomatique, où les voix capturées et samplées rejouent une musique étrange.

Aux origines de la création

"Je fais de la musique électronique, cette musique dite de support, qui naquit quelques décennies après les premiers enregistrements sonores. Je travaille depuis des années sur la notion de banques de sons et d’archivage. A l'origine conçues par des chercheurs, je réutilise, je détourne ces collectes "scientifiques" à des fins musicales de manière créative, questionnant dans mon oeuvre et dans mes compositions de musiques électroacoustiques, l'idée de support et l'idée de trace laissée sur le support. Ainsi je fais la route à la recherche d’un patrimoine populaire, composé de chansons folk éparpillées, intemporelles. Sur le chemin, je ramasse les notes, les mélodies, les chansons perdues. Je rencontre les musiciens et leurs chansons vagabondes. Les chansons ne meurent jamais. Les "sillonneurs", terme de mon invention, désigne ces collecteurs qui, munis d'un enregistreur portable, vagabondent à la recherche de sons inouïs, comme Alan Lomax : ces song hunters, amoureux du terrain et de l’enregistrement,  à la recherche de chansons "inédites". Guidée par cet intérêt pour les premiers collecteurs, je découvre à l’Université Humboldt à Berlin le fonds du Lautarchiv : les prisonniers sont enregistrés chantant une chanson de leur pays dans leur langue natale lors d'une expérience dirigée par Wilhem Doegen, un linguiste de l'époque qui avait l'ambition de produire des méthodes de langue pour l'industrie phonographique. J'écoute une chanson algérienne. J'écoute une chanson tunisienne... 2... 3... Puis, parmi cette étrange « revue musicale », je découvre la langue de mes aïeux : le breton. Ce sera là ma matière première pour une performance sur platines et laptop. Lautarchiv est une matière hautement sensible, comme le souligne Britta Lange dans son article « Sensible Sammlugen » en 2011. Comment puis-je cent ans plus tard me réapproprier ces chansons du monde entier ? Comment s'emparer de l'enregistrement du chercheur pour recomposer une musique du 21ème siècle ? Que faire de ces traces ? Que deviennent ces traces dans le temps ? Peut-on les suivre ? Et où nous mènent-elles ? Je pars donc sur les traces de ces archives. Un dialogue naît entre les enregistrements historiques et les manipulations électroacoustiques, quasi alchimiques de ces voix. Je pars à la recherche de l'écho que produit ces archives réinjectées sur des disques gravés pour l'occasion, cherchant une forme de décantation du support. J'imagine les trajectoires de ces prisonniers qui quittent la chambre d'échos mondialisée que furent les camps pour rentrer chez eux à la fin de la guerre. Quelles frontières ont-t'ils franchies à leur retour - la ritournelle de leur pays en tête, rythmant leur pas. Je cherche à reproduire ces « migra-sons », les échos de leur exil, de leur migration. Je les fais résonner jusqu'à ce qu'ils deviennent contemporains." Marie Guérin

 

Avec le soutien de l'Institut français d'Allemagne, la Mission Centenaire, la Humboldt Universität (Lautarchiv), HKW, Deutschlandfunk Kultur, Micro-sillons.

En collaboration avec : CESARE - Centre National de Création Musicale (Reims), Radio France et l'Akademie der Künste Berlin

Avec le soutien de l'Ambassade de France en Allemagne et de la Mission Centenaire 1914-1918

En coproduction avec le Studio für Elektroakustische Musik de l'Akademie der Künste

HKW radiophonic Spaces https://www.hkw.de/en/programm/projekte/2018/radiophonic_spaces/radiophonic_spaces_start.php

lautarchiv https://www.lautarchiv.hu-berlin.de/
adk https://www.adk.de/de/akademie/e-studio/

Cesare http://www.cesare-cncm.com/

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